Prévention des risques: manutentions manuelles de charges

Principes de base de prévention (articles R4541-3 et 4 du CT):

  • remplacer la manutention manuelle de charges avec la manutention mécanique
  • lorsqu’il n’est pas possible d’éviter complètement le recours à la manutention manuelle, il faut limiter les efforts physiques et diminuer les risques

EVALUATION DES RISQUES

Critères d’évaluation des risques:

  • Caractéristiques de la charge : charge lourde, absence de poignées ou prise difficile, charge encombrante, prise imposée à distance du corps, charge instable ou excentrique, poids de la charge inconnu, charge comportant un risque de blessure ou de heurt
  • Effort physique requis : effort important, prise ou dépose trop haute ou trop basse, distance importante de déplacement de la charge, mauvaise organisation imposant des efforts inutiles
  • Autres contraintes physiques: torsion du corps, prise hors zone d’atteinte, autres contraintes posturales
  • Caractéristiques du milieu de travail : ambiance froide ou chaude, bruits, éclairage insuffisant, vibrations, poussières, produits toxiques, sol dégrade ou glissant, encombrement, obstacles sur le parcours, espaces exigus, visibilité limitée
  • Etat des aides techniques : chariot dégradé ou inadapté, roulettes inadaptées, absence de freins
  • Exigences de l’activité : rythme rapide, contrainte de temps, cadence imposée, efforts prolongées, temps de repos ou récupération insuffisant, marge de manœuvre réduite, exigences qualité, multiplicité des tâches ou tâches non-programmées

La norme NF X 35-109 permet de calculer des niveaux de risque par rapport à la manipulation manuelle de charges. En présence de facteurs de risques supplémentaires, la norme précise des coefficients permettant de calculer les seuils correspondant aux 4 niveaux de risques dans les conditions réelles de travail.

En conditions standard, ces niveaux de risque sont :

  • Risque inacceptable : plus de 25 kg
  • Risque accru : 15-25 kg
  • Risque réduit: 5-15 kg
  • Risque minimum: moins de 5 kg

Définition des conditions standard pour le transport manuel de charges :

  • Hauteur de prise : 0,75 – 1,10 m
  • Distance de déplacement de la charge: inférieure à 2m
  • Fréquence des manipulations : 1 manipulation toutes les 5 minutes
  • Absence d’autres contraintes physiques, liées à l’environnement ou à l’organisation du travail

Particularités individuelles

Les particularités individuelles, telles que le sexe, la taille, l’âge, le degré d’entrainement physique ou la formation aux techniques de manutention de charges interviennent en ligne de compte : une femme de 1,60 m, avec un faible niveau d’entrainement physique et sans formation particulière n’encourt pas le même risque physique qu’un homme de 1,85 m, entraîné, formé et expérimenté.

Les postes de travail doivent être adaptés selon les caractéristiques des populations y travaillant.

A titre informatif, voici les limites de port de charges précisées dans le Code du travail selon le sexe et l’âge du travailleur (art. D.4153-39)

14 ou 15 ans 16 ou 17 ans 18 ans et plus
Sexe féminin 8 kg 10 kg 25 kg
Sexe masculin 15 kg 25 kg 55 kg (ou 105 kg si autorisation
du médecin du travail)

 

La limitation du port de charges au seuil légal fixé à 55 kg ou encore la possibilité d’une autorisation médicale individuelle pour porter plus de 55 kg sont des pratiques dangereuses et obsolètes pour la prévention. A ce niveau de sollicitation physique les risques pour la santé sont très importants, même en absence de manifestations physiques immédiates. Dans tous les cas, des modifications chroniques ont lieu au niveau des structures sollicitées au cours du temps, ce qui se traduit en une usure physique en fin de carrière.

De plus, le travail n’est jamais comme l’haltérophilie, un geste standardisé, dans des conditions parfaites. Il faut tenir compte des éléments de majoration du risque, mentionnés ci-dessus, pour diminuer les poids des charges à manipuler, afin d’éviter aussi bien les accidents, que l’usure du corps et l’apparition de maladies professionnelles.

Les seuils précisés par le Code du travail s’avèrent pourtant très utiles pour les travailleurs mineurs.

Sur ce sujet: « L’emploi du mineur ne peut être autorisé que pour des travaux qui n’entraînent, eu égard à l’âge de l’intéressé, aucune fatigue anormale, tant à raison de la nature des tâches à accomplir qu’à raison des conditions dans lesquelles elles doivent être accomplies.

Il est notamment interdit d’employer l’intéressé à des travaux répétitifs ou accomplis dans une ambiance ou à un rythme leur conférant une pénibilité caractérisée. » (Article D4153-4)

Les travailleurs vieillissants ont leurs particularités également, dont il faut tenir compte : moindre capacité d’effort, diminution des performances physiques (force musculaire, souplesse, vitesse etc.), ou encore cumul de pathologies chroniques plus ou moins manifestes.

PREVENTION DES RISQUES LIES AUX MANUTENTIONS MANUELLES

Conception ergonomique de l’environnement et des postes de travail

  • Réduire le poids unitaire des charges en deçà des valeurs préconisées
  • Aménager le poste de travail afin de réaliser les manutentions dans les meilleures conditions de posture et d’espace de travail : respect des zones d’atteintes, réduction des distances de déplacement horizontalement ou verticalement etc.

Organisation ergonomique de l’activité

  • Concevoir l’activité de manière à supprimer les manutentions inutiles
  • Organiser le travail afin de permettre des pauses de récupération suffisantes, alterner les tâches physiques avec des tâches qui le sont moins, mettre en place une rotation sur plusieurs postes au cours de la journée de travail afin d’alterner les gestes professionnels
  • Éviter tout mode dégradé du processus de manutention manuelle : éviter les à-coups et les contraintes de temps qui empêchent d’appliquer les principes de sécurité, anticiper les pics d’activité, prévoir le temps et le personnel nécessaire

Utiliser des aides techniques en remplacement de l’effort manuel à chaque fois que possible

  • Mise à disposition de moyens techniques adaptés (diables, chariots, palans etc.)
  • Veiller à l’entretien périodique du matériel

Information et formation des salariés sur les risques de l’activité et les moyens de prévention efficaces (techniques, organisationnels et individuels):

  • Formations PRAP, formations « gestes et postures »
  • Organisation d’ateliers de travail sur les pratiques professionnelles, occasion de réfléchir de manière collective au travail et à la manière de le faire, dans un objectif de favoriser le transfert des connaissances et des bonnes pratiques des salariés expérimentés vers les débutants, d’amélioration des pratiques et de valoriser dans le même temps les acquis professionnels

Préparation physique à la réalisation du travail

  • Certains travaux nécessitent une préparation préalable à la prise du poste (échauffement, progressivité des sollicitations physiques) ou encore un entraînement physique des travailleurs, selon des principes scientifiques (spécificité de l’entraînement à la tâche à réaliser, continuité et progressivité des entraînements, individualisation du programme)

La formation à la sécurité du travail

Les travailleurs doivent recevoir une formation adéquate à la sécurité relative à l’exécution des opérations de manutention manuelle de charges. Au cours de cette formation, essentiellement à caractère pratique, les travailleurs sont informés sur les gestes, postures et modes opératoires à adopter pour accomplir en sécurité les manutentions manuelles (articles R4541-8 et R4141-13 du Code du travail).

Ces articles du Code du travail sont appliqués à la lettre et des formations « gestes et postures » sont régulièrement délivrés aux salariés. Ces enseignements de techniques s’avèrent souvent impossible d’appliquer en pratique, en raison des variabilités du travail ou du rythme à suivre, au point que ce genre de formations n’a pas d’efficacité réelle pour réduire les accidents du travail ou encore moins pour prévenir l’apparition des troubles musculo-squelettiques.

La formation PRAP

Pour plus d’efficacité, l’INRS a développé la formation PRAP (Prévention des Risques liés à l’Activité Physique), qui se décline en 2 filières de formation spécifiques en fonction du secteur d’activité : secteur industrie, bâtiment et commerce (2 jours) et secteur sanitaire et social (3 jours).

Objectifs de la formation PRAP :

  • Connaître les risques liés à son activité ou à son métier
  • Analyser en détail sa situation de travail
  • Adopter de bonnes pratiques et des gestes appropriés à la tâche à effectuer
  • Etre capable de proposer des améliorations techniques ou organisationnelles d’aménagement de son poste de travail à son encadrement
  • Mobiliser les personnes concernées par la prévention des risques dans l’entreprise

La formation PRAP doit être proposée à tout le personnel concerné par les manutentions manuelles de charges. Elle peut entrer dans le cadre de la formation continue.

La formation participative en manutention manuelle

La formation participative en manutention manuelle proposée par l’IRSST (équivalent de l’INRS au Québec) est un autre exemple remarquable de formation en vue de l’acquisition d’un vrai savoir-faire, en partant des observations sur le terrain des pratiques des manutentionnaires expérimentés.

Voici les huit règles qui encadrent l’action en manutention selon cet enseignement :

  • Alignement postural

La colonne vertébrale est conçue et adaptée pour travailler de façon alignée. Fait référence aux postures les plus adéquates pour le dos au moment de l’effort. Il faut à la fois respecter les courbures naturelles du dos, sans être trop penché vers l’avant, et travailler de façon symétrique.

  • Bras de levier

L’éloignement de la charge multiplie l’effort. À l’effort déjà considérable du bas du dos pour soutenir le poids du corps, s’ajoute la charge qui représente un poids d’autant plus élevé qu’elle sera éloignée de la personne qui la tient. Il est donc préférable de tenir toute charge le plus près possible de soi.

  • Mise sous charge

Moins on a la charge longtemps dans les mains, plus on s’économise. La phase où on supporte complètement la charge est la plus exigeante : il faut tenter de la réduire au minimum.

  • Utilisation de la charge

Il est possible de faire « travailler la charge pour soi ». Grâce à sa position dans l’espace ou via ses propriétés intrinsèques, il est souhaitable de travailler AVEC la charge, plutôt que de travailler CONTRE elle.

  • Équilibre corporel

Être en équilibre et prêt à réagir, pour éviter les mauvaises surprises. L’ajout d’une charge externe au corps influence la qualité de l’équilibre, tout comme les surfaces sur lesquelles on se déplace. Avoir à récupérer d’un déséquilibre et/ou à réagir à un imprévu implique des efforts soudains et brusques qui sont dommageables : il faut éviter ces efforts inutiles et nuisibles.

  • Utilisation du corps

Le corps peut contribuer à réduire l’effort. Il est possible de mettre le corps au service des gestes que requiert la manutention. L’utilisation du corps passe d’abord par la contribution des membres  inférieurs, qui réalisent la majorité des efforts.

  • Transition entre prise et dépôt

Il faut choisir la manière de parcourir l’espace entre la prise et le dépôt. Le trajet ou parcours choisi pour passer de la prise au dépôt influence particulièrement la durée de maintien de la charge. Il faut choisir la transition appropriée.

  • Rythme du mouvement

Le « pattern » ou motif rythmique et la qualité du mouvement. Le jeu de la vitesse et la fluidité des mouvements effectués influencent les contraintes au dos et la durée de maintien de la charge. Il faut savoir choisir le rythme qui convient et éviter les mouvements par à-coups, saccadés.

Equipements de protection individuelle

Chaussures de sécurité (adaptées au risque):

  • semelle antidérapante: prévention des glissades
  • embout renforcé: prévention des écrasements du bout du pied
  • protection du métatarse: contre les chutes d’objets sur le métatarse
  • chaussure haute lacée, reliefs de semelle marqués: marche sur un sol meuble et irrégulier
  • autres éléments de protection: selon les risques présents

Gants de manutention adaptés – s’adressent au risque de blessure au niveau des mains

Note : La ceinture lombaire n’est pas un équipement de protection individuelle et ne doit pas être portée par une personne saine à titre préventif des lombalgies et de manière systématique. La ceinture lombaire est un outil thérapeutique dont l’intérêt dans chaque cas doit être discuté avec le médecin traitant et le médecin du travail.

Document unique d’évaluation des risques

Le résultat de l’évaluation des risques liés aux manutentions manuelles de charges doit être retranscris dans le Document unique.

Ce document doit comprendre une identification des sources de danger associée à une analyse des conditions de travail réel, en prenant en compte les facteurs humains, techniques et organisationnels et des éléments tels que le rythme de travail et les aléas de l’activité, la variabilité des conditions d’intervention, etc. La finalité de ce document n’est nullement de justifier l’existence des risques, mais de mettre en œuvre des mesures effectives, visant à l’élimination des risques.

L’association des travailleurs à cette analyse des risques est indispensable, en raison de leur connaissance des situations de travail réel et des risques associés. Cela permet de mieux appréhender les contraintes subies par les travailleurs et les marges de manœuvre dont ceux-ci disposent, dans l’exercice de leur activité.

Fiche individuelle d’exposition aux facteurs de pénibilité au travail

L’employeur doit établir et mettre à jour périodiquement pour chaque salarié concerné une fiche individuelle (art. L4121-3-1) qui va tracer l’exposition à des travaux de manutention manuelle de charges considérés comme des facteurs de pénibilité au travail.

La fiche doit ainsi mentionner (art. D4121-6) :

  • les conditions habituelles d’exposition appréciées, notamment, à partir du document unique d’évaluation des risques ainsi que les événements particuliers survenus ayant eu pour effet d’augmenter l’exposition
  • la période au cours de laquelle cette exposition est survenue
  • les mesures de prévention, organisationnelles, collectives ou individuelles, mises en œuvre pour faire disparaître ou réduire les facteurs de risques durant cette période.

RISQUES POUR LA SANTE

Facteurs biomécaniques de risque:

  • Efforts musculaires excessifs par rapport aux groupes musculaires sollicités (manipulation de charges, efforts manuels, travaux de précision)
  • Gestes fortement répétitifs (répétition d’un même geste, nombre élevé de mouvements par minute, cycles de travail courts)
  • Postures de travail contraignantes
  • Angles articulaires extrêmes (différents selon l’articulation)
  • Contractures musculaires statiques prolongées
  • Période de repos et récupération insuffisante par rapport aux sollicitations
  • Exposition concomitante aux vibrations ou au froid

Rôle des facteurs psychosociaux

Le stress psychologique engendré par des facteurs psychosociaux d’origine professionnelle intervient dans le développement des troubles musculo-squelettiques, aussi bien dans leur apparition (augmentation du niveau de tension musculaire, dysfonctionnement des fibres musculaires), que dans leur évolution (baisse du niveau de tolérance à la douleur, aggravation des symptômes, absentéisme ou présentéisme, demande de reconnaissance en maladie professionnelle).

Facteurs psychosociaux d’origine professionnelle: charge de travail trop importante ou trop monotone, manque d’autonomie dans le travail et de marge de manœuvre pour faire face aux contraintes, absence de soutien hiérarchique et social, relations tendues, sentiment d’insécurité par rapport à l’avenir professionnel etc.

Troubles musculo-squelettiques

La manutention manuelle de charges est un risque professionnel très présent, responsable de problèmes de santé divers, aigus ou chroniques, qualifiables en accidents du travail, maladies professionnelles (tableaux 57, 79 et 98), maladies à caractère professionnel et usure prématurée de l’organisme (traces durables identifiables et irréversibles sur la santé, selon la définition de la pénibilité au travail à l’art. L4121-3-1 du Code du travail).

Accidents du travail possibles: lumbagos, entorses, déchirures musculaires, contusions, chutes ou glissades, etc., la liste est longue.

Troubles musculo-squelettiques : tendinites ou tenosynovites (poignet, coude, épaule), atteinte des nerfs périphériques (exemple : syndrome du canal carpien), lombalgie chronique,  hernie discale lombaire, lésions chroniques du ménisque etc.

Le retour au travail

En cas de lombalgie sans éléments de gravité, le maintien au travail ou la reprise rapide du travail sur un poste adapté à l’état du salarié et conforme aux principes ergonomiques est un facteur positif pour éviter le passage à la chronicité.

Pour plus d’informations, voir la brochure « Travail et lombalgie » éditée par l’INRS (référence ED 6087).

Références utiles

  • Code du travail, notamment les articles R4541-3 à R4541-9
  • Arrêté du 29 janvier 1993 portant application de l’article R. 231-68 du code du travail relatif aux éléments de référence et aux autres facteurs de risque à prendre en compte pour l’évaluation préalable des risques et l’organisation des postes de travail lors des manutentions manuelles de charges comportant des risques, notamment dorso-lombaires
  • Norme ergonomique NF X 35-109, dernière version d’octobre 2011, AFNOR
  • Aide-mémoire juridique TJ18 « Manutentions manuelles », INRS, www.inrs.fr
  • Circulaire DRT n° 6 du 18/04/02 pris pour l’application du décret n° 2001-1016 portant création d’un document relatif à l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs

Page créée le 14/10/2012.

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