Cytostatiques

1. INTRODUCTION

Le présent document représente un synthèse de la littérature récente portant sur les risques des cytostatiques pour le personnel hospitalier, les moyens d’évaluation du risque et de gestion.

La prise de conscience du personnel hospitalier exposé aux cytostatiques par rapport au risque représenté par ces substances est moyenne et variable, en raison de plusieurs facteurs comme l’invisibilité du risque, les effets chroniques retardés, la contradiction entre la notion de médicament et celle de produit chimique dangereux.
En particulier, le risque associé à l’étape finale, celle d’élimination des excrétas contaminés ou des déchets est généralement méconnu par le personnel le plus exposé (AS, ASH) et il y existe aussi une insuffisance de la protection individuelle.

Les cytostatiques sont des médicaments qui inhibent la croissance des cellules tumorales, mais aussi des cellules saines, d’où le risque non-négligeable pour l’organisme humain.
Leur point d’impact principal est dirigé contre toutes les structures qui participent à la division cellulaire.
En raison de leur action pharmacologique recherchée, des effets secondaires de type carcinogène, mutagène et toxique pour la reproduction (atteinte foetale et diminution de la fertilité) sont possibles en cas d’exposition.
De plus, il existe une toxicité variable, selon la molécule, proportionnelle avec la dose.
Selon les classifications, des hormones, des anticorps monoclonaux et d’autres substances figurent aussi parmi les cytostatiques.

2. MEMENTO JURIDIQUE

Selon le Code du Travail LES CYTOSTATIQUES SONT DES AGENTS CHIMIQUES DANGEREUX

Définitions:

Un agent chimique est tout élément ou composé chimique, soit en l’état, soit au sein d’une préparation, tel qu’il se présente à l’état naturel ou tel qu’il est produit, utilisé ou libéré, notamment sous forme de déchet, du fait d’une activité professionnelle, qu’il soit ou non produit intentionnellement et qu’il soit ou non mis sur le marché. (Art. 4412-2 du Code du Travail)

Un agent chimique dangereux esttout agent chimique qui, bien que ne satisfaisant pas aux critères de classement, en l’état ou au sein d’une préparation, peut présenter un risque pour la santé et la sécurité des travailleurs en raison de ses propriétés physico-chimiques, chimiques ou toxicologiques et des modalités de sa présence sur le lieu de travail ou de son utilisation. (Art. 4412-3 du Code du Travail)
Le danger est la propriété intrinsèque d’un agent chimique d’avoir un effet nuisible. (Art. 4412-3 du Code du Travail)

Cette prise en considération des cytostatiques en tant qu’agents chimiques dangereux implique une obligation de la part de l‘employeurdes obligationsprévues par le Code du Travail:
– d’évaluer les risques encourus pour la santé des travailleurs pour toute activité susceptible de présenter un risque d’exposition
– de renouveler cette évaluation périodiquement, notamment à l’occasion de toute modification importante des conditions de travail
– de communiquer les résultats de cette évaluation au membres du CHSCT, ainsi que de les consigner dans le document unique
– d’informer et de former les salariés sur les risques professionnels
– d’établir une notice de poste à titre d’information sur les risques et les dispositions
– de mettre en œuvre des mesures de prévention adéquates
– de procéder à des mesures de concentration et de
– de supprimer ou de réduire les risque d’exposition
– de prévoir les mesures à prendre en cas d’accident d’exposition
– de tenir une liste actualisée des travailleurs exposés, ainsi que pour chacun des travailleurs exposés une fiche individuelle d’exposition, à laquelle les travailleurs peuvent avoir accès, et dont le double est transmis au médecin du travail
– d’assurer le suivi médical des travailleurs exposés par un médecin du travail
– de délivrer aux travailleurs quittant l’établissement une attestation d’exposition, remplie par l’employeur et le médecin du travail
– de conserver le dossier médical pendant 50 ans après la fin de l’exposition

3. EFFETS BIOLOGIQUES DES CYTOSTATIQUES

Une grande partie des connaissances sur les effets indésirables des cytostatiques est issue du suivi médical des patients traités à l’aide de ces molécules.

Cependant, l’exposition chronique aux cytostatiques à des concentrations sous-thérapeutiques génère des effets biologiques en partie inconnus et en partie

Pour le personnel hospitalier, en raison des faibles doses d’exposition mais répétées sur de longues périodes, l’expression des symptômes est différente de celle décrites par les patients.

Effets indésirables observés lors d’une exposition peu intense de longue durée, en ordre décroissant de leur fréquence:

IRRITATIONS – irritations concernant les voies respiratoires,les yeux ou la peau (les agents alkylants et les antibiotiques semblent être les plus agressifs)
ALLERGIES – allergies (surtout les sels de platine)
TOXIQUES – les effets toxiques non-cancérogènes: goût métallique, sensation de main glacée, sensation de brûlure cutanée ou de la langue, signes digestifs (nausées, vomissements, diarrhée, épigastralgies), cytolyse hépatique, signes neurologiques (vertiges, céphalées), chute de cheveux
CMR :
– les effets mutagènes sont avérés en raison des effets pharmacologiques (si atteinte des cellules germinales > effets reprotoxiques, si atteinte des cellules somatiques > effets cancérogènes)
– les effets cancérogènes sont avérés juste expérimentalement (la plupart des cytostatiques sont classés comme cancérogènes par le CIRC; les alkylants ont une action mutagène et cancérogène supérieure)
– en pratique, les études épidémiologiques n’ont pas mis en évidence un risque accru de développer un cancer si les travailleurs observent les mesures de protection recommandées actuellement
– effets toxiques pour la reproduction: avortements spontanés plus fréquents au sein des populations d’infirmières manipulant des cytostatiques – surtout pendant le premier trimestre de grossesse, infertilité, malformations congénitales, un plus petit poids de naissance

Classement selon le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC):

Groupe 1
cancérogène pour l’homme
azathioprine (Imurel)
busulfan (Myléran)
chlorambucil (Chlorarminophène)
ciclophosphamide (Endoxan)
melphalan (Alkeran, MPH)
schéma MOPP
sémustine (méthyl CCNU)
thiotépa (Thiotépa)
tréosulfan

Groupe 2A
probablement cancérogène pour l’homme
Azacitidine (Vidaza)
carmustine (Bicnu)
cisplatine (Cisplatyl)
carboplatine (Carboplatine)
chlorozotocine
adriamycine / doxorubicine (Adriblastine, Caelyx, Doxorubicine, Myocet)
étoposide (Vépéside, VP 16)
lomustine (Belustine, cCNU)
procarbazine (Natulan)
téniposide

Groupe 2B
possiblement cancérogène pour l’homme
amsacrine (Amsalyo)
bléomycine (Bléomycine)
dacarbazine (Déticène)
daunomycine (Cérubidine, Daunoxome)
melphalan (Alkeran)
mitomycine C (Ametycine)
streptozocine (Zanosar)

4. SOURCES D’EXPOSITION

Absorption dans l’organisme:
– par voie respiratoire, par les aérosols liquides ou solides
– par voie cutanée, par passage à travers la peau
– par voie digestive, par les mains souillées portées à la bouche

Contamination de l’environnementDifférents surfaces sont susceptibles d’être contaminées par les cytostatiqueset représenter des sources secondaires de contact cutané: flacons de médicaments, poches de perfusion, paillasses, sacs poubelle, manchettes d’isolateur, surfaces intérieures des isolateurs, PSC, PSM, sols des pièces de reconstitution ou d’administration, voire pognées de portes ou tiroirs, combinés téléphoniques, claviers d’ordinateurs.

Exposition lors de la reconstitution des médicaments- l’opération d’introduire une solution aqueuse dans le flacon de cytotoxique induit une surpression, qui favorise la formation des aérosols de poudre cytotoxique ou de liquide ayant dissous cette poudre; ces aérosols s’échappent souvent de manière incontrôlée par le bouchon en caoutchouc du flacon en polluant l’environnement immédiat
– par ailleurs, certains cytotoxiques sont susceptibles de se volatiliser à température ambiante (ex. cyclophosphamide,5-fluorouracile, cisplatine)
– une contamination surfacique dans la salle blanche est possible et a été mise en évidence par certaines études

Exposition lors de l’administration:
– surtout lors des accidents d’administration
– en conditions normales, la contamination surfacique ou atmosphérique est minimale

Exposition par les excréta des patients:
– largement sous-estimée et méconnue par rapport à l’exposition lors de la préparation ou de l’administration des cytostatiques, par conséquent les mesures de protection en place sont possiblement insuffisants
– les médicaments sont excrétés (jusqu’à 70%) par voie urinaire ou biliaire, se retrouvant dans les urines et les selles du patient (possiblement aussi dans la salive et la sueur), pendant une période variable entre 1 et 7 jours, selon la molécule
– en général il est recommandé de prendre des précautions au minimum pendant 48 heures après l’administration
– les médicaments administrés par voie orale peuvent se retrouver dans les vomissures consécutives à leur prise
– les médicaments administrés par instillation intravésicale se retrouvent dans les urines
– mesures à prendre pour minimiser l’exposition aux excréta:

  • inviter les patients à uriner en position assise pour éviter une contamination accidentelle
  • porter des vêtements de protection quand risque de contact avec la literie et les vêtements des patients, les selles, les urines et les vomissures (si traitement par voie orale) et lors de changement des protections d’incontinence
  • rincer abondamment les zones corporelles après contact accidentel avec les excréta
  • rincer le matériel de recueil (bassin, urinoir, bocal), après utilisation avec de l’eau du robinet, puis le nettoyer avec un détergent habituel et à nouveau rincer

Exposition lors de l’élimination des déchets:
– à défaut, la filière d’élimination devrait être celle des déchets d’activités de soins à risques infectieux aboutissant directement à l’incinération (température de 1 200°C avec double foyer de combustion d’après les recommandations de l’OMS)
– selon les procédures et les modes opératoires en place actuellement une certaine exposition peut avoir lieu

5. MOYENS DE PROTECTION

Protection collective:

  • local réservé à la préparation centralisée
  • hotte à flux laminaire vertical de type II A ou II B
  • choix de matériels et de solutés limitant la production de projections ou d’aérosols

Choix de gants de protection
Les gants en vinyle fin (épaisseur de 0,08 à 0,12 mm) sont perméables à tous les cytostatiques. Ils ne doivent pas être utilisés. Les gants en vinyle épais (0,16 mm) sont perméables aux suivants: carmustine (Bicnu), thiotépa, daunorubicine (Cérubidine, Daunoxome), méchlorétamine et sont marginalement perméables à la doxorubicine et à la mercaptopurine (Purinethol).

Les gants en latex offrent une meilleure protection, mais ils restent perméables à carmustine (Bicnu), thiotépa, méchlorétamine; en ce qui concerne la doxorubicine la perméabilité est après 4 heures, et pour la cyclophosphamide (Endoxan) entre 9 et 45 min.

Il est recommandé de porter des gants en latex non poudrés d’une épaisseur minimale de 0,2 mm ou des gants en nitrile.

Lors de la manipulation de cytostatiques ayant un haut degré de pénétration, tels que carmustine, cyclophosphamide ou thio-thépa, il est conseillé de porter deux paires de gants superposées.

Les gants doivent être changés toutes les 30 minutes. En cas de contamination directe ou de déchirure, ils doivent être remplacés immédiatement. Après le retrait des gants, il faut se laver les mains. Certains gants comportent une coloration spéciale qui permet de détecter rapidement les trous et les déchirures en cours d’usage.

Choix de masque de protectionEn raison de l’aérosolisation des cytostatiques, formant des aérosols liquides ou solides, le masque respiratoire offrant une protection correcte est le masque type FFP2.
Le masque chirurgical n’offre pas une protection suffisante contre les aérosols.

En cas de préparation en l’absence de PSM ou autre système de confinement, il faut porter un masque respiratoire de type FFP2, des lunettes avec protections latérales ou un écran facial, permettant de se protéger efficacement contre les projections éventuelles de cytostatiques.

Un masque de protection respiratoire et des lunettes doivent être portés pour tous les travaux de nettoyage ou d’entretien des PSM qui dépassent le simple essuyage de la surface de travail; il en est de même lors du nettoyage d’une dispersion accidentelle de cytostatiques.

Protections individuelles selon la catégorie du personnel

Protections individuelles pour les préparateurs en pharmacie
– surblouses imperméables, à manches longues et poignets resserrés, à usage unique
– masque type FFP2, à usage unique
– gants en nitrile, à longues manchettes, à usage unique, non-stériles
– lunette de protection individuelles, compatibles avec le port de lunettes correctrices
– charlotte à usage unique

Protections individuelles pour les infirmières lors de l’administration
– gants en latex épais, à longues manchettes, non-poudrés, à usage unique
o non-stériles pour les injections intraveineuses ou intramusculaires
o stériles pour les autres voies d’administration (intratéchale, intravesicale)
– si risque de contamination des habits de travail, surblouses imperméables, à manches longues et poignets resserrés, à usage unique
– si risque de projection, port de lunettes de protection et masque chirurgical, à usage unique

Protection individuelle lors de l’élimination des excrétas
– gants en latex épais, de préférence à longues manchettes, non-poudrés, à usage unique, non-stériles
– si risque de contamination des habits de travail, surblouses imperméables, à manches longues et poignets resserrés, à usage unique
– si risque de projection, port de lunettes de protection et masque chirurgical, à usage unique

Protection individuelle lors de l’élimination des déchets
– si risque de contamination des habits de travail, surblouses imperméables, à manches longues et poignets resserrés, à usage unique
– gants en latex épais, de préférence à longues manchettes, non-poudrés, à usage unique, non-stériles

Mesures organisationnelles générales

Dans la perspective de la protection des travailleurs, une centralisation totale ou partielle de la préparation des cytostatiques est sensée lorsqu’elle permet une amélioration de la sécurité.

Le nombre de personnes exposées aux cytostatiques doit être le plus limité possible.

Seul le personnel informé des risques et instruit sur les mesures de sécurité à appliquer est habilité à manipuler des cytostatiques. Le personnel de nettoyage et d’entretien doit être également instruit des risques et des mesures de protection à appliquer.

L’accès aux locaux dans lesquels les cytostatiques sont préparés doit être interdit aux personnes non autorisées.

Il est interdit de manger, de boire et de fumer dans ces locaux.

Le nettoyage régulier du local de préparation des cytostatiques doit être consigné dans un plan d’hygiène.

Les mesures de protection à appliquer lors de la manipulation des cytostatiques doivent figurer dans les directives internes.

6. EVALUATION DU RISQUE D’EXPOSITION

Indice de contact cytostatique (ICC)

La première évaluation de l’exposition est comptable, elle consiste à calculer l’indice de contact cytostatique, qui apprécie uniquement la fréquence de contact. Il ne tient pas compte de la toxicité propre des produits utilisés, ni du niveau d’exposition (erreurs de manipulation, contaminations accidentelles) ou des mesures de protection mises en place. De ce fait, sa valeur est seulement indicative.

Calcul: l’ICC représente le nombre de reconstitutions (ou préparations) et d’administrations de cytostatiques effectué sur une période de travail déterminé pour une même personne, rapporté au nombre d’heures de travail comprises dans cette même période.
nR + nA
ICC = ———–
H
Interprétation et niveaux de protectionproposés:

Niveau 1
ICC < 1
exposition occasionnelle
Mesures de protection individuelle
Niveau 2
1 < ICC < 3
manipulation régulière mais peu fréquente, exposition modérée
Mesures de protection collective (poste de sécurité cytostatique) + individuelle
Niveau 3
ICC > 3
manipulation intensive de routine, exposition importante
Mesures de protection collective (unité de reconstitution centralisée) + individuelle

Pour pouvoir calculer l’ICC, il existe deux possibilités:
– calcul du nombre moyen de préparations ou administrations par personne selon le nombre d’unités de médicaments reçues par le service dans une période précisée et le temps de travail des personnes que y ont travaillé
– éventuellement, tenue d’un relevé journalier de l’activité par la personne même, qu’elle soit infirmière, aide-soignante, ASH ou adjointe hôtelière, dans lequel la personne note soit le nombre de préparations et administrations réalisés (variante plus difficilement faisable)

Métrologie d’ambiance

Techniques disponibles:
– étude de la contamination des surfaces des locaux de soins où sont manipulés les cytostatiques – qui peut s’inscrire dans un processus global d’assurance qualité de l’activité de reconstitution des cytotoxiques dans l’unité centralisée de la pharmacie; ces dosages surfaciques présentent l’inconvénient de la difficulté de les traduire en exposition individuelle; en France, le laboratoire ONCORA commercialise des kits de prélèvements pour le 5-fluorouracile
– dosages atmosphériques – leur désavantage est qu’il ne renseignent que sur l’exposition à un moment déterminé, qui dépend des techniques utilisées, de ce fait leur fiabilité est incertaine

Fiche individuelle d’exposition

Les résultats des calculs des indices d’exposition (ICC, Indice de Contact Cytostatique) et mesures de contamination de l’ambiance (si elles ont été réalisées)devraient être consignés dans la fiche individuelle d’exposition (article R4412-41 du Code du Travail).
On peut envisager par exemple une périodicité mensuelle ou trimestrielle de mise à jour de la Fiche d’exposition (en format électronique).

Attestation d’exposition

L’attestation d’exposition est remise au salarié au moment où celui-ci quitte l’établissement (article R4412-58 du Code du Travail). Elle doit être remplie par l’employeur et par le médecin du travail et servira pour le suivi médical post-professionnel de la personne exposée aux agents chimiques dangereux.

7. GESTION DU RISQUE CYTOSTATIQUE

Information sur les risques professionnels
– réalisation de brochures d’information sur les risques et les moyens de s’en prémunir, à distribuer à toutes les personnes exposées lors des formations périodiques, ou de la visite en médecine du travail
– notices d’information à afficher sur le lieux de travail (court rappel des risques, des procédures habituelles et des consignes en cas d’accident de projection ou de dispersion)

Formation périodique sur les risques et les protocolesà suivre dans chaque étape:
– préparation des médicaments
– administration et ablation de la perfusion
– gestion des excréta et du linge
– élimination des déchets
– conduite à tenir en cas d’extravasation, projection cutanée ou muqueuse, piqûre ou coupure
– entretien de la hotte à flux laminaire
– entretien de la salle de soins
– entretien du secteur d’hébergement
Conduite à tenir en cas d’incidents de manipulation ou d’administration
Recommandations générales:
– rincer abondamment à l’eau courante la zone concernée, ne jamais frotter
– consulter rapidement un médecin
– déclarer en tant qu’accident du travail

En cas de contact cutané:
– nettoyer immédiatement à l’eau froide et au savon doux
– rincer abondamment pendant 15 minutes
– si sensation de brûlure, utiliser une pommade adoucissante non-pénétrante (cold cream)
– si irritation, consulter un médecin

En cas de projection oculaire:
– rincer à l’eau courante (5 minutes sous robinet sans pression), oeil maintenu ouvert
– irriguer avec du sérum physiologique ou solution ophtalmologique de rinçage oculare (Dacrosérum)
– ensuite consulter un ophtalmologue
– en cas de projection sur les lunettes, les nettoyer abondamment à l’aide d’un détergent et procéder à un lavage abondant

En cas de piqûres ou coupures:
– enlever les gants
– rincer à l’eau courante plusieurs minutes
– nettoyer la zone touchée avec un savon doux
– rincer abondamment
– surveillance du risque de cytotoxicité pendant 3 semaines
– si l’accident est survenu lors de l’administration du cytotoxique au patient, suivre les procédures pour un AES

En cas de contamination des surfaces, il faut immédiatement nettoyer les souillures accidentelles par les cytostatiques. Les mesures suivantes doivent être prises:
– le nettoyage des surfaces contaminées par des cytostatiques ne doit être confié qu’à des personnes qualifiées
– lors des nettoyages, on portera l’équipement suivant: lunettes, masque respiratoire de degré de protection P3, gants de protection (2 paires de gants superposées en latex ou en nitrile), survêtement et protection de chaussures étanches
– les liquides contenant des cytostatiques seront essuyés à l’aide de chiffons à usage unique ou de cellulose; les substances sèches seront essuyées avec de la cellulose humide; les surfaces touchées seront ensuite nettoyées de manière approfondie (2-3 fois) au savon et à l’eau.
– les éclats de verre seront recueillis à l’aide d’instruments et éliminés dans des récipients étanches et résistants à la perforation
– en cas de dispersion accidentelle de grandes quantités de produits, l’endroit contaminé doit être balisé et interdit d’accès jusqu’à la fin du nettoyage.

8. SURVEILLANCE MEDICALE DES PERSONNES EXPOSEES

Surveillance médicale renforcée:

– avis d’aptitude avant l’affectation sur un poste avec exposition aux cytostatiques
– visites médicales périodiques annuelles
– examens complémentaires

Les personnes qui manipulent des cytostatiques doivent être informées de la possibilité de s’adresser au médecin du travail en cas de problèmes de santé qu’elles mettraient en relation avec ces médicaments.

Les examens complémentaires peuvent concerner:
– les biomarquers d’exposition: retrouver les cytostatiques ou leurs métabolites dans les urines des personnes exposées
– les biomarquers d’effets biologiques: identifier les effets toxicologiques spécifiques des cytostatiques dans l’organisme (à savoir les tests génotoxiques) et les effets toxiques non-spécifiques (bilan sanguin général, hépatique, rénal)
– autres dosages

Biomarquers d’exposition
En ce moment, due à la centralisation de la préparation des cytostatiques ainsi qu’à la mise en place de protections collectives (PSC, hottes à flux laminaire vertical) et individuelles (masque, surblouses, double paire de gants, coiffe) l’exposition aux cytostatiques est bien maîtrisée et les doses susceptibles d’être reçues sont très faibles, pour la plupart des soignants exposés (un certain niveau de risque non-évalué reste en relation avec la manipulation des excrétas des patients et des déchets) et hors contamination franche en cas accidentels.

En raison de cette exposition faible,la recherche des cytostatiques dans les urines s’avère négative dans la plupart des cas (voir étude de 2006). En plus, la recherche des cytostatiques dans les urines a le désavantage d’un coût élevé et ne renseigne pas sur les effets à long terme sur la santé.
De ce fait, cette technique ne présente qu’un faible intérêt pour le médecin du travail du personnel hospitalier.

Biomarquers d’effets toxicologiques spécifiques
Pour exercer sa mission de surveillance de la santé des travailleurs,le médecin du travail a besoin d’un test qui puisse renseigner sur les effets biologiques des expositions professionnelles et représentant des signes d’appel d’une maladie professionnelle.

Après une étude de la littérature scientifique concernant les tests applicables pour la surveillance biologique des personnes travaillant en exposition aux cytostatiques, il existe deux catégories de tests qui ont été utilisés: les tests de génotoxicité et plus récemment, le test de consommation des défenses radicalaires.

Les tests de génotoxicité apprécient les dommages génétiques, ils ont été utilisés dans de travaux de recherche pour évaluer l’exposition aux cytostatiques en relation avec divers degrés de protection. Ils sont exceptionnellement mis en œuvre en dehors des enquêtes épidémiologiques, car les facteurs confondants non-professionnels (tel le tabac) peuvent avoir un impact considérable. Il ne peuvent donc pas être appliqués au niveau individuel, car il n’existe pas de relation démontrée entre l’intensité de l’effet génotoxique et une augmentation du risque de cancer.

Liste des tests de génotoxicitéemployés lors de divers études (chacun détecte un événement génotoxique particulier): test de mutagénicité des urines (= test d’Ames), test des aberrations chromosomiques sur lymphocytes humains, test d’échange de chromatides sœurs sur lymphocites humains, test d’aberrations chromosomiques, test de numération des micronoyaux.

Le test d’Ames qui apprécie la charge interne en produits génotoxiques par le pouvoir mutagène des urines, a une bonne sensibilité, par contre une spécificité limitée. Il permet cependant de mettre en évidence une baisse de la mutagénicité des urines lors de la mise en place des mesures de protection appropriées.

Le test de consommation des défenses antiradicalaires (test KRL, brevet Spiral/Kirial International) est un test biologique simple qui permet de mesurer la résistance globale chez l’homme vis-à-vis de l’agression des radicaux libres.

Le principe de la méthode: la détoxification des cytostatiques consomme les défenses antiradicalaires existantes au niveau des erythrocytes, ce qui permettrait d’appréhender un état pre-pathologique.

Son grand avantage est que c’est une méthode simple, rapide et facilement adaptable au laboratoire hospitalier.

Le test KRL a une bonne valeur prédictive négative lorsqu’il est négatif et pourrait être utile pour la surveillance annuelle des personnes exposées aux cytostatiques, sous réserve d’une étude à plus grande échelleque celle publiée en 2006 dans la revue DMT/ «Documents pour le Médecin du Travail». Toute personne dont le test KRL montre une diminution importante des défenses radicalaires sera vue en consultation par le médecin du travail qui évaluera la réalité d’un effet toxique.

Autre dosages biologiques
Les autre dosages biologiques, tels que la numération formule sanguine, les plaquettes, les bilans hépatiques et rénaux, ne sont ni spécifiques, ni sensibles, gardant quand même une certaine importance.

Gestion du risque réprotoxique
Malgré toutes les mesures de protection, une exposition ne peut être exclue avec les procédés de travail actuellement appliqués. Seuls des systèmes fermés garantiraient une sécurité suffisante. Les femmes enceintes et qui allaitent ne doivent donc pas être affectées à la reconstitution, à l’administration et à l’élimination de cytostatiques.

Gestion du risque tératogène lié à l’exposition aux cytostatiques:

Femmes en état de procréer : Information sur les risques, mesure de protection correctes
Femmes avec un projet de grossesse : – Information sur les risques, renforcement des mesures de protection individuelle, diminution de l’exposition jusqu’à l’éviction de toute activité exposant aux cytostatiques (à savoir qu’il existe un délai d’élimination des cytostatiques de l’organisme; il existe aussi un délai entre la conception et la prise de conscience sur la grossesse, en sachant que le premier trimestre de grossesse représente la période la plus à risque d’effets tératogènes – avortement spontanés, malformations congénitales)
Femmes enceintes et allaitantes : Eviction de toute activité exposant aux cytostatiques (le Code du Travail interdit l’exposition des salariées enceintes aux substances cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.)

Pour bénéficier de la cessation de l’affectation au travaux l’exposant aux cytostatiques, la salariée enceinte ou suspectant une grossesse doit immédiatement en annoncer le cadre de santé ou le médecin du travail.

Démarches administratives:

– le dossier médical du salarié doit être conservé au moins 50 ans après la fin de la période d’exposition
– les tableaux actuels de maladies professionnelles ne prévoient pas les pathologies induites par l’exposition aux cytostatiques
– une signalisation de maladie à caractère professionnel peut être réalisée auprès du médecin inspecteur du travail, si les éléments suggèrent une relation directe entre les symptômes ou les signes et l’exposition aux cytostatiques

9. BIBLIOGRAPHIE

  • Le Code du Travail
  • «Cytostatiques: précaution d’emploi» – Viviane Hérat Heuzé, DRTEFP Languedoc-Roussillon, 2005
  • «Exposition aux cytostatiques. Risque toxicologique en milieu hospitalier» – O.Roussel, A.Guibal, H.Belhadj-Tahar, N.Sadeg, Documents pour le Médecin du Travail, INRS, no 108, 2006
  • «Les médicaments anticancéreux dans les effluents hospitaliers et domestiques» – M. Categnaro, S. Hansel, «Environnement, Risques & Santé», vol. 5, no. 4, 2006
  • «Manipulation des cytostatiques: quel risque pour le personnel infirmier du CHU de Sidi-Bel-Abbès», B.Beghdadli, A.-B. Kandouci, O. Ghomari, C. Dagorne, S. Fanello, Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, pp.414-419, vol68,n°4 – septembre 2007
  • «Monographies du CIRC sur l’évaluation de risques cancérogènes pour l’homme», Centre International de Recherche sur le Cancer, www.iarc.fr
  • «Préparation des médicaments cytostatiques en milieu de soins», Fiche d’Information et de Prévention, FIP 8, CRAMIF, 2009
  • «Recommandations pour la manipulation des médicaments cytotoxiques», CCLIN Sud Ouest, version n° 1, juillet 2002
  • «Risques liés à l’exposition aux cytostatiques pour le personnel soignant» – F.J. Deschamps, V.Marinutti-Liberge, La Presse Médicale, Ed.Masson, 2001
  • «Sécurité dans l’emploi des cytostatiques» – M.Jost, M.Ruegger, B.Liechti, A.Gutzwiller, SUVA Lucerne, Suisse, 2004

Page créée le 03/06/2009.

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