Bonnes pratiques pour faciliter la reprise du travail après un arrêt maladie

Travail et santé psychologique

Le travail a une valeur importante dans notre société. Face à des difficultés professionnelles ou à une surcharge de travail, la tendance naturelle des travailleurs est de mobiliser leurs ressources et d’essayer de tenir au mieux, tant que l’attachement au travail reste fort. En cas de maladie, bon nombre de personnes souffrantes continuent à travailler ou reprennent le travail avant la résolution totale des symptômes.

Les facteurs qui démobilisent le salarié et qui dégradent l’attachement au travail et à l’entreprise, comme la perte de la confiance dans l’entreprise, le sentiment de manque de reconnaissance au travail et les situations de tensions dans les relations de travail, vont précipiter ou prolonger un arrêt maladie.

Au cours du temps, la prolongation de tout arrêt maladie contribue au renforcement progressif de la croyance du salarié malade dans la perte de sa capacité de travail.

La reprise du travail après un arrêt maladie a souvent une valeur symbolique importante : le salarié reprend sa place dans la collectivité de son entreprise, redevient quelqu’un d’important et d’utile et sort du rôle de malade qui subit passivement les conséquences d’une maladie et est incapable de travailler.

Le volet psychologique est très important à prendre en compte lors de l’organisation d’une reprise du travail et ce d’autant plus que l’arrêt du travail a été long.

Voici la liste des facteurs modulent le déclenchement d’un arrêt maladie, ainsi que le retour au travail après un arrêt maladie:

Facteurs psychologiques individuels

  • sévérité des symptômes de la maladie
  • expériences de vie : arrêt maladie long, arrêt fréquents, échecs de reprise du travail
  • identification au rôle de malade, perception de ses capacités fonctionnelles
  • acceptation de sa propre incapacité, moindre chez les hommes et chez les cadres
  • intérêt et investissement personnel dans le travail, motivation personnelle à reprendre le travail (ex. ennui, baisse des revenus etc.)
  • craintes du salarié par rapport à sa capacité à faire le travail, antécédents d’échecs de reprise du travail, participation du salarié à l’organisation de la reprise du travail
  • émotions négatives au travail : sentiment de manque reconnaissance ou tensions relationnelles
  • émotions positives associés au travail : confiance dans l’entreprise, sentiment de reconnaissance au travail, intégration dans le collectif, relations positives avec les collègues et le superviseur
  • arrêt maladie causé par des contraintes ou nuisances d’origine professionnelle, contrôle médical de l’arrêt maladie demandé par l’employeur, contentieux opposant le salarié à son employeur

Facteurs aggravants :

  • prise en charge médico-psychologique insuffisante (absence de traitement médicamenteux ou de psychothérapie pour la dépression chronique, remboursement des consultations chez le psychologue)
  • coexistence d’une dépendance à l’alcool, à une drogue, prise inappropriée de médicaments ou d’autres pathologies associées
  • situation familiale difficile (enfants ou parents à charge, séparation en cours, maladie grave ou décès récent dans l’entourage), isolement social (cercle social réduit)
  • difficultés financières ou de logement

Facteurs liés au contexte de travail :

  • sollicitations du poste de travail : charge, rythme et complexité du travail, contrôle sur le travail
  • existence de la possibilité d’adaptation du poste de travail (mi-temps thérapeutique) ou de disposer d’une aide pratique dans le travail
  • attitude du superviseur, soutien collégial, préjugés envers les troubles mentaux
  • articulation entre les partenaires impliqués dans la gestion du problème de santé en entreprise (service santé, service RH, managers)
  • situation dans l’entreprise : restrictions de personnel au moment de la reprise du travail, changements rapides ou importants dans l’organisation du travail

Facteurs sociaux :

    • montant des indemnités journalières, perte de primes ou du complément employeur
    • éventuels avantages sociaux liés à l’arrêt maladie
    • régulation des arrêts maladie par le médecin conseil, déclenchement d’une visite de pré-reprise
    • difficultés de communiquer avec le salarié pendant son arrêt maladie

Bonnes pratiques

La reprise du travail après un long arrêt maladie nécessite une approche progressive et une bonne préparation.

Pendant l’arrêt maladie :

    • informer le salarié des ressources et des dispositifs d’aide disponibles par rapport aux différentes problématiques, par exemple par l’envoi d’une brochure après 2 mois d’arrêt maladie : coordonnées des divers intervenants, intérêt de la visite de pré-reprise auprès du médecin du travail, facilités offertes par l’entreprise ou du groupe etc., prestations et des dispositifs de l’Assurance maladie qui peuvent se dérouler pendant l’arrêt maladie comme un bilan des compétences, des actions de formation, un contrat de rééducation professionnelle en entreprise
    • garder le lien entre le salarié en arrêt et des personnes de confiance de l’entreprise (collègues, représentants du personnel, voire responsable direct si bonnes relations), prendre de ses nouvelles, le tenir au courant des évolutions dans l’entreprise
    • proposer au salarié la démarche de soutien validée par la cellule multidisciplinaire de maintien dans l’emploi; l’objectif est d’apporter un soutien pendant l’arrêt maladie et de préparer la reprise lorsqu’elle devient envisageable, mais non de la précipiter ; la démarche est composée de trois temps :
      • accompagnement à domicile ou téléphonique du salarié par l’assistante sociale + entretien téléphonique ou rendez-vous au service médical (infirmière ou médecin du travail), pour suivi des aspects liés à la santé et au travail et manifestation de soutien
      • entretien avec le supérieur hiérarchique, pour échange sur le travail et, lorsque la reprise du travail est envisageable, pour discuter ensemble de l’éventuel aménagement participatif du poste de travail
      • visite de pré-reprise avec le médecin du travail, pour mieux préciser les restrictions ou les aménagements du poste de travail

A l’occasion de la reprise du travail :

    • informer le collectif de travail du retour de leur collègue, s’assurer d’un accueil favorable, combattre les éventuels préjugés par rapport à la maladie ou la personne
    • prendre en compte l’impact des éventuelles incapacités ou restrictions médicales sur le fonctionnement de l’équipe ; si le salarié revenant au travail a besoin d’un accompagnement pendant une certaine période, ou ne reprend que progressivement le travail, prévoir une organisation adaptée ou plus de ressources ;
    • montrer au salarié que l’on a gardé sa place dans l’entreprise, afin d’éviter le choc de la perte des repères (exemples : poste toujours existant, bureau et environnement personnel inchangé, prise en compte de sa présence sur les plannings)
    • présentation des évolutions dans l’entreprise pendant l’arrêt du travail : déménagement de locaux, changement d’organisation (nouveaux collaborateurs) ou changement d’outils de travail (logiciel), remise à niveau en lui faisant suivre les formations que le salarié aurait manqué
    • les salariés manifestant généralement une forte motivation de reprendre le travail après un arrêt maladie, il faut préserver cette mobilisation pour engager le salarié dans la reprise du travail : le faire participer à l’organisation de l’aménagement de son poste, lui laisser l’autonomie de gérer son rythme de travail, en accord avec ses capacités ou ses symptômes; cette approche permet de renforcer le sentiment d’efficacité personnelle et le contrôle de la situation de travail
    • créer des moments d’échange, donner l’occasion au salarié de s’exprimer librement sur son travail, occasion d’établir une relation de collaboration constructive, en appuyant le salarié dans son désir de bien faire son travail ; il s’agit en même temps d’une forme de reconnaissance au travail et de reconstruction d’un lien positif avec le travail
    • prévoir une charge progressive en tâches ; après un arrêt long, une période de réadaptation physique et mentale au contexte de travail est souvent nécessaire ; un certain niveau de fatigabilité, de baisse des capacités physiques ou des difficultés de concentration peut encore être présent pendant un certain temps (comme effet secondaire des traitements en cours, symptômes restants ou déconditionnement) ; ce titre, le mi-temps thérapeutique est une souvent bonne mesure de reprise progressive, permettant de pallier à la fatigabilité restante et d’éviter une situation d’échec
    • considérer ainsi tout aménagement temporaire du poste de travail non pas comme une incapacité du salarié à reprendre le même travail, mais plutôt comme une précaution permettant de prévenir des situations d’échec professionnel ou de récidive de l’arrêt
    • pour bien réussir son rôle de soutien du salarié, le manager peut avoir besoin de plus de moyens ou d’une formation sur les pratiques de gestion de ces situations délicates ; les engagements d’aménagement du poste de travail doivent pouvoir être tenus ; l’accord de la direction sur ces moyens supplémentaires ou l’organisation de formations adaptées permet au manager de se sentir reconnu dans ses efforts envers le salarié reprenant le travail

Points clé de la démarche :

    • Motivation : la prémisse de base est que le salarié est naturellement motivé par son travail et ne souhaite pas s’en absenter
    • Participation : la reprise du travail doit être organisée avec la participation active du salarié
    • Progressivité : la reprise progressive du travail est de nature à faciliter une bonne réadaptation et à éviter les situations d’échec
    • Soutien : l’attitude de soutien de la part du collectif de travail et du supérieur hiérarchique, en collaboration avec le service de santé au travail et la direction, facilite la réintégration et la bonne évolution sur le long terme

Bibliographie :

  • Rapport R-674 de l’IRSST – «Les facteurs reliés aux absences prolongées du travail en raison d’un trouble mental transitoire»
  • Guide RG-758 de l’IRSST – «Soutenir le retour au travail et favoriser le maintien dans l’emploi»
  • Brochure de l’Institut Curie – «Préparer, anticiper, accompagner – Le retour au travail après un cancer»

Page créée le 05/01/2015.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *